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Facturation électronique : au-delà de la conformité, un levier stratégique

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La facturation électronique n'est pas qu'une simple case à cocher pour être en règle au 1er septembre 2026. Pour Gwenaëlle Bernier, avocate associée chez EY Société d'Avocats, c'est surtout une révolution qui peut, avec l'aide de l'intelligence artificielle, devenir un actif stratégique pour les entreprises.
 

Si les deux reports successifs de l'entrée en vigueur de la réforme (initialement prévue au 1er janvier 2023, puis repoussée au 1er juillet 2024, puis au 1er septembre 2026), conjugués à une instabilité politique persistante et au retard dans l'adoption de la loi de finances pour 2026, ont pu ralentir l'adoption de la facturation électronique par les entreprises françaises, continuer à différer sa transformation expose nombre d'entre elles à un réveil brutal.
 

Une complexité souvent sous-estimée
Selon le 6e baromètre de Generix, près de 20 % des grandes entreprises ne seraient toujours pas prêtes. La situation serait encore plus préoccupante pour les ETI, où l'on estime qu'environ 40 % accuseraient un retard. 

 

C'est notamment pour cette raison que l'État français lance, début mars, un pilote opérationnel, afin de confronter les entreprises à la réalité de cette transformation et d'éviter qu'elles ne se retrouvent prises au dépourvu d'ici la fin de l'été.
 

En pratique, beaucoup sous-estiment encore l'ampleur et la complexité réelles de ce chantier. Là où l'enjeu est souvent plus simple pour les TPE et PME, dans les grands groupes et les ETI, c'est là que se joue l'essentiel et l'enjeu y est beaucoup plus structurant. Leur volume, la diversité des flux et l'historique des paramétrages ERP rendent toute approche fragmentée inopérante. Cette mise à jour demande une véritable transformation tant dans les processus que dans l'organisation. Certaines encore trop attentistes pensent que se mettre en conformité se fera en un "claquement de nouveau logiciel".
 

Une opportunité d'innover
Mais au-delà de la complexité que demande cette réforme, elle est aussi une formidable opportunité d'innover et d'en faire un actif stratégique majeur. Les entreprises italiennes qui se sont déjà lancées dans l'exercice en 2019 ne voient plus aujourd'hui que le verre plein : aucune ne reviendrait en arrière tant par la simplification qu'apporte le numérique que par le coût de facturation entrante qui passe, selon les estimations du marché depuis 10 ans, d'une dizaine d'euros à quelques centimes. Fini également les litiges interminables sur les paiements avec la fin du papier.
 

Au-delà de l'Italie, la Pologne et dorénavant la France dans l'Union européenne, ils sont plus d'une vingtaine de pays comme ceux d'Amérique latine, mais aussi en Chine, en Inde ou en Arabie Saoudite à avoir déjà des retours d'expérience concluants. Parmi eux, l'accès aux données de facturation en quasi temps réel pour les entreprises offre une valeur inestimable : en combinant ces données structurées à de l'intelligence artificielle, les entreprises peuvent les analyser pour identifier des tendances de consommation ou optimiser leur chaîne d'approvisionnement.
 

La facturation électronique devient, par ses données structurées, un véritable levier de pilotage stratégique. C'est ce que le Brésil a pu expérimenter à l'échelle nationale en pilotant, pendant la crise du Covid, l'ensemble de l'activité économique du pays de manière suffisamment détaillée et sectorisée pour évaluer en quasi-temps réel l'efficacité de ses mesures et les ajuster lorsque cela était nécessaire.
 

À l'heure où en France le pilotage des dépenses publiques est un sujet de tous les instants, on peut imaginer que des prises de décisions mieux guidées par la donnée seront également bénéfiques pour tout le monde, entreprises incluses. Et ne voyez pas là un doux rêve : le socle technologique est déjà éprouvé depuis 2017 avec la plateforme de data mining et d'IA "Galaxie" de l'État français.