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Faillite bancaire, crise systémique : ce que la loi protège vraiment dans votre épargne

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Entre menaces géopolitiques, doutes sur la solidité financière des établissements et souvenirs de Chypre ou de la Grèce, l'épargnant français s'interroge. Bonne nouvelle : ses dépôts, ses titres et son assurance-vie bénéficient de filets de sécurité bien identifiés. Mauvaise nouvelle : ces filets ne couvrent pas tout, et l'État dispose, en cas de tempête, de leviers exceptionnels pour limiter l'accès à l'épargne.
 

Lorsqu'un client pousse la porte d'une agence pour ouvrir un livret ou souscrire un contrat d'assurance-vie, la solidité de l'enseigne reste rarement le premier critère. Pourtant, derrière chaque versement, c'est un édifice juridique précis qui veille à protéger l'argent des ménages, gravé dans la loi du 25 juin 1999 et complété par la directive européenne BRRD. La promesse n'est pas l'absence de risque, mais un cadre de protection partiel et plafonné.
 

Concrètement, trois dispositifs cohabitent. Le Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR) couvre les avoirs bancaires à hauteur de 100 000 euros par client et par établissement. Une garantie distincte protège les titres financiers à hauteur de 70 000 euros. Et le Fonds de garantie des assurances de personnes (FGAP) prend le relais pour les contrats d'assurance-vie et de prévoyance.
 

Trois fonds publics, trois logiques de couverture
Le périmètre du FGDR est large. Il englobe les comptes courants, les comptes à terme, les livrets bancaires non réglementés, les CEL et les PEL, les livrets jeunes ainsi que les comptes espèces adossés à un compte-titres ou à un PEA. La garantie s'applique à toutes les banques agréées par l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), y compris aux filiales françaises d'établissements étrangers. Pour les succursales dont le siège est implanté dans un autre pays de l'Espace économique européen, c'est la garantie du pays d'origine qui prend le relais, dans une limite identique de 100 000 euros valable pour toute l'Europe.
 

Deux subtilités méritent d'être connues. Les cotitulaires d'un compte joint sont considérés comme des déposants distincts, chacun couvert à hauteur de 100 000 euros sur sa quote-part. Surtout, le plafond grimpe à 500 000 euros pour les « dépôts exceptionnels temporaires » crédités moins de trois mois avant la défaillance : sommes issues d'une succession, d'une donation, de la vente d'un bien immobilier ou d'une indemnité de rupture du contrat de travail. De quoi sécuriser un patrimoine en transit.
 

Les livrets réglementés bénéficient d'un statut à part. Le Livret A, le LDDS et le LEP sont garantis en totalité par l'État, et leurs encours ne sont pas décomptés du plafond de 100 000 euros. Concrètement, un épargnant cumulant 22 950 euros de Livret A et 50 000 euros sur un compte à terme dans la même banque conserve une couverture pleine sur l'ensemble.
 

Côté titres, la mécanique est différente. Le titulaire d'un compte-titres reste juridiquement propriétaire de ses actions, obligations, Sicav, FCP, FCPI et autres parts d'OPCVM. La banque n'est que dépositaire et doit, en cas de faillite, restituer ces instruments financiers. Si la restitution s'avère impossible, la garantie joue à hauteur de 70 000 euros par client et par établissement. Pour l'assurance-vie et l'épargne retraite, le FGAP couvre 70 000 euros par souscripteur, et 90 000 euros pour les rentes de prévoyance liées au décès, à l'incapacité ou à l'invalidité. À noter : ce filet se déclenche en dernier recours, après que l'ACPR aura cherché un repreneur pour les portefeuilles en difficulté.
 

Sapin 2, BRRD : ce que l'État peut activer en cas de crise
Au-delà des fonds de garantie, l'État dispose d'outils plus contraignants en cas de tempête majeure. La loi Sapin 2 lui permet de limiter temporairement les retraits sur certains contrats d'assurance-vie afin de préserver la liquidité des assureurs et la stabilité du système financier. L'épargne resterait disponible à terme, mais l'accès pourrait être suspendu plusieurs mois.
 

Plus radicale, la directive européenne BRRD sur le redressement et la résolution des banques autorise un établissement en grave difficulté à mobiliser ses actionnaires, ses créanciers et même ses déposants pour se recapitaliser. Dans ce mécanisme dit de « bail-in », les avoirs supérieurs à 100 000 euros pourraient être bloqués, voire ponctionnés.
 

L'Europe en a vu deux applications spectaculaires. À Chypre, en 2013, les dépôts dépassant 100 000 euros ont été ponctionnés jusqu'à 47,5 % dans le cadre du plan de sauvetage bancaire. En Grèce, en 2015, un contrôle des capitaux a limité les retraits à 60 euros par jour pendant plusieurs mois. Deux rappels concrets que la garantie publique a un plafond, et que la diversification entre établissements n'est pas un luxe de précaution mais un réflexe de bon sens patrimonial.