contact

Prévoyance : les couples veulent protéger leur partenaire, mais anticipent mal le décès

Thumbnail [16x6]

Une étude Elabe pour l'OCIRP décrit un couple plus autonome et moins fusionnel, capable de parler d'argent et de mort, mais qui prépare peu les conséquences financières de la disparition du conjoint, dans une large méconnaissance de la prévoyance.
 

Le couple français a changé de visage, mais pas ses angles morts. Selon une étude inédite réalisée par Elabe pour l'OCIRP, il est aujourd'hui plus autonome, plus équilibré et moins fusionnel, fondé sur une logique d'entraide entre deux individus indépendants. Près de deux Français en couple sur trois estiment que chacun doit conserver son autonomie personnelle, moins d'un tiers adhèrent à une vision fusionnelle, et 65 % des personnes en couple disposent encore de comptes bancaires personnels. Une relation d'équité, où l'indépendance financière se conjugue au soutien mutuel.
 

Contrairement aux idées reçues, la mort n'est plus taboue dans le couple. Deux tiers des Français, soit 67 %, déclarent pouvoir parler du décès sans difficulté particulière avec leur partenaire, et 89 % jugent facile d'aborder les questions d'argent. Cette libération de la parole ne se traduit pourtant pas en anticipation concrète. Beaucoup des stratégies mises en place pour faire face à la disparition d'un conjoint, comme l'épargne ou le compte commun, se révèlent en réalité peu protectrices face au choc financier qu'un décès provoque.
 

Une disparition redoutée mais sous-anticipée
Les craintes, elles, sont bien présentes. Interrogés sur les conséquences d'un décès du partenaire, les Français redoutent d'abord une forte détresse émotionnelle, citée par 67 % d'entre eux, puis une baisse du niveau de vie, à 35 %, la difficulté à conserver leur logement, à 25 %, voire leur emploi après un tel choc, à 16 %. Ces inquiétudes dessinent un risque à la fois affectif et matériel, dont l'ampleur contraste avec la faiblesse des dispositifs réellement mis en place pour l'affronter. Le sujet est nommé, mais rarement traité en amont.
 

Cet écart entre la conscience du risque et sa préparation tient largement à un déficit d'information. L'étude révèle une méconnaissance massive de la prévoyance : six Français sur dix ne savent pas précisément ce qu'elle recouvre. Le flou est encore plus marqué sur les garanties déjà détenues. Près de sept salariés sur dix ignorent s'ils bénéficient d'une couverture décès par le biais de leur entreprise, et la moitié de ceux qui sont effectivement couverts par une assurance décès ne le savent même pas. Un angle mort d'autant plus problématique qu'il porte sur une protection existante.
 

La rente de conjoint, une réponse mal connue
Ce paradoxe dit quelque chose de l'époque. À mesure que le couple s'est construit sur l'indépendance de chacun, la protection en cas de décès s'est paradoxalement fragilisée : deux revenus autonomes, deux comptes séparés, mais peu de dispositifs pensés pour amortir la disparition de l'un des deux. Or le veuvage reste l'un des événements de vie les plus déstabilisants sur le plan financier, en particulier lorsque le niveau de vie du ménage reposait sur deux salaires. La perte brutale de l'un d'eux peut suffire à remettre en cause le logement, l'équilibre budgétaire, voire la trajectoire professionnelle du survivant, contraint de tout réorganiser dans un moment de grande vulnérabilité.
 

Face à ce constat, la demande d'information est forte. Six Français sur dix souhaitent être mieux informés sur les garanties dont ils disposent, et 77 % estiment que les organismes de prévoyance ont un rôle important à jouer dans l'accompagnement du conjoint après un deuil. Surtout, lorsqu'elle est expliquée, la rente de conjoint, ce revenu versé au partenaire survivant, apparaît comme une réponse utile et adaptée aux aspirations des couples d'aujourd'hui, soucieux de se protéger l'un l'autre sans renoncer à leur autonomie.
 

C'est précisément ce fil que tire l'OCIRP. « La protection du conjoint ne se résume plus à compenser une perte de revenus. Elle doit permettre à chacun de préserver son autonomie, son équilibre de vie et sa capacité à se reconstruire après le deuil », résume Marie-Anne Montchamp, directrice générale de l'union d'institutions de prévoyance. Réalisée auprès d'un échantillon de 1 500 personnes représentatif de la population, complété d'une phase qualitative, l'enquête invite à repenser la prévoyance non comme un filet de dernier recours, mais comme un outil au service de l'indépendance de chacun.
 

Source : étude Elabe pour l'OCIRP, « Le couple en 2026 », échantillon de 1 500 personnes (28 novembre-3 décembre 2025) et 20 entretiens qualitatifs, déclaration de Marie-Anne Montchamp (communiqué du 30 juin 2026).